Dans les Pyrénées-Orientales, une décision fait déjà beaucoup réagir. 35 grands cormorans, pourtant protégés, pourront être abattus chaque année jusqu’en 2029. Officiellement, il ne s’agit pas d’un simple tir de régulation. L’État parle d’une démarche scientifique, mais le débat est bien plus tendu qu’il n’y paraît.
Pourquoi cette décision surprend autant
Le grand cormoran est une espèce protégée. Le voir au cœur d’un arrêté autorisant des tirs peut donc sembler contradictoire, presque choquant. Pourtant, la préfecture des Pyrénées-Orientales explique vouloir mieux comprendre son impact sur certains poissons jugés vulnérables.
Les espèces visées sont connues du grand public et des pêcheurs. Il s’agit notamment de l’anguille, du brochet et de la truite. Dans la zone concernée, autour de la Têt, à Serdinya, les autorités veulent savoir si le cormoran joue un rôle important dans leur recul.
Ce que prévoit exactement l’arrêté
Publié le 31 mars 2026, l’arrêté préfectoral encadre ces prélèvements jusqu’en 2029. Chaque année, 35 grands cormorans pourront être abattus, mais pas n’importe quand ni n’importe où.
Les tirs seront autorisés entre le 15 octobre et le 1er mars. Ils seront réalisés par des lieutenants de louveterie, dans un secteur précis. Ce cadre très strict est présenté comme une manière d’éviter un tir sans contrôle et de garder une base d’observation solide.
Des analyses pour connaître le régime alimentaire
L’objectif annoncé n’est pas seulement de prélever des oiseaux. Chaque cormoran abattu fera l’objet d’analyses, avec un examen du contenu de l’estomac. Les scientifiques veulent identifier les proies consommées et mesurer leur volume.
C’est un point clé, car les chiffres circulent depuis longtemps sans consensus. Certains évoquent 400 grammes de poissons mangés par jour. D’autres parlent de 600, voire 800 grammes. Cette différence change tout. Elle nourrit les tensions entre pêcheurs, scientifiques et associations de protection de la nature.
Un sujet qui oppose pêcheurs et défenseurs de la biodiversité
Pour les pêcheurs, le sujet est sensible. Quand certaines espèces de poissons deviennent plus rares, le cormoran est vite montré du doigt. Benjamin Domenech, trésorier de la Fédération de pêche dans les Pyrénées-Orientales, le résume simplement : les estimations varient trop, et tout le monde se dispute.
De l’autre côté, des associations environnementales rappellent que le déclin des poissons ne vient pas forcément des oiseaux. Selon elles, il faut aussi regarder la sécheresse, la baisse du niveau des cours d’eau, la chaleur, ou encore la dégradation des habitats. Et ce point change la lecture du dossier.
Le vrai débat derrière les tirs
La question n’est pas seulement de savoir si le cormoran mange du poisson. La vraie question est plus large. Peut-on protéger à la fois une espèce d’oiseau et des milieux aquatiques fragiles sans s’en remettre à des solutions qui fâchent ?
La préfecture estime qu’il n’existe pas d’alternative efficace pour mesurer l’impact de l’oiseau sur ces milieux. Les opposants, eux, disent que cette logique passe à côté du problème principal. Pour eux, tirer sur quelques oiseaux ne suffira pas à sauver des rivières fragilisées.
Un suivi obligatoire jusqu’en fin d’année
La Fédération de pêche devra transmettre un bilan détaillé aux services de l’État chaque année. Ce document devra préciser le nombre d’oiseaux prélevés et les résultats scientifiques obtenus. Il sera envoyé à la DREAL Occitanie et à la DDTM des Pyrénées-Orientales avant le 30 novembre.
Ce suivi est important. Sans données solides, difficile de justifier la suite. Avec ces analyses, l’État espère disposer d’éléments plus clairs pour décider. Mais si les résultats ne convainquent personne, le conflit risque de durer encore longtemps.
Les associations peuvent aller en justice
La décision ne passe pas inaperçue. Des associations comme la Ligue pour la protection des oiseaux envisagent de saisir la justice. Elles contestent la logique de cette autorisation et jugent que d’autres causes expliquent mieux la fragilité des poissons.
Ce genre de dossier montre à quel point la gestion de la nature est délicate. On veut protéger les espèces. On veut aussi préserver les rivières. Mais quand les intérêts se croisent, chaque décision devient explosive.
Ce qu’il faut retenir
Dans les Pyrénées-Orientales, l’État autorise jusqu’en 2029 l’abattage annuel de 35 grands cormorans pour des raisons présentées comme scientifiques. L’idée est d’étudier leur alimentation et leur impact sur des poissons vulnérables.
Mais la mesure divise fortement. Entre les pêcheurs qui demandent des réponses et les associations qui dénoncent une mauvaise cible, le débat est loin d’être clos. Et au fond, c’est peut-être cela le plus frappant : derrière un oiseau protégé, c’est toute la question de l’équilibre des rivières qui se retrouve sous tension.






