À 96 ans, Guy Canguilhem continue d’étonner. Cet apiculteur de Coursan, dans l’Aude, vient de recevoir une médaille d’argent au Concours national des miels. Une belle récompense pour un miel de garrigue aux arômes si riches qu’il raconte presque à lui seul tout un paysage.
Un miel qui sent la garrigue, la vraie
Le miel distingué par le jury n’est pas un miel comme les autres. Il porte les parfums du massif de la Clape, avec des notes de bruyère, de romarin, de thym, de pissenlit, mais aussi de pin, de chêne et d’olivier. C’est un mélange naturel, vivant, presque sauvage.
Ce type de miel plaît parce qu’il a du caractère. Il change selon les fleurs, la météo et la saison. Chaque récolte est un peu différente, et c’est justement ce qui fait sa force.
Une passion née très tôt, au fil des ruches
Guy Canguilhem n’a pas découvert les abeilles par hasard. Depuis sa jeunesse, il travaille à leurs côtés, dans le sillage de son père. À l’époque, la famille comptait près de 300 ruches. Aujourd’hui, il en a moins, mais la passion, elle, n’a jamais faibli.
Il a mené sa vie entre les vignes, le maraîchage et les ruches. Pourtant, l’apiculture a toujours gardé une place à part. Pas pour faire fortune. Plutôt par attachement profond à ces petites travailleuses qui demandent patience, attention et respect.
Ce que les abeilles lui ont appris
Quand Guy Canguilhem parle des abeilles, on sent tout de suite l’émotion. Pour lui, elles sont fragiles, essentielles et fascinantes. Il veille sur leur santé, surveille les maladies et reste attentif à ce que la nature leur donne. Ou leur enlève.
Il sait mieux que personne que l’abeille dépend de tout ce qui l’entoure. Une floraison trop courte, une météo capricieuse, une sécheresse prolongée, et la récolte baisse. C’est simple. Et cruel parfois.
Mais c’est aussi ce qui rend ce métier si vivant. Rien n’est jamais totalement acquis. Chaque saison impose ses surprises, ses espoirs et ses déceptions.
Une transmission en famille, comme une évidence
À 96 ans, Guy Canguilhem n’est pas seul dans cette aventure. Ses petits-enfants, Christophe et Marina, ont eux aussi été séduits par le monde des abeilles. Ensemble, ils forment une petite équipe soudée, unie par le même respect du vivant.
Cette transmission donne une force nouvelle au métier. Les gestes se transmettent, les réflexes aussi. Et avec le temps, le savoir-faire devient une mémoire familiale. Une mémoire précieuse, surtout dans un monde agricole qui change vite.
Des difficultés bien réelles pour les apiculteurs
La médaille ne doit pas faire oublier la réalité du terrain. L’apiculture traverse une période compliquée. Les récoltes sont plus petites, les fleurs se font plus rares et le nectar manque souvent à cause du réchauffement climatique et de la sécheresse.
À cela s’ajoutent deux ennemis redoutés des apiculteurs. Le frelon asiatique et le varroa provoquent des dégâts importants. Le premier s’attaque aux abeilles adultes. Le second affaiblit les colonies en silence. Deux menaces différentes, mais tout aussi dangereuses.
Guy Canguilhem le dit sans détour. Il faudrait que tout le monde se mobilise pour piéger ces frelons. Car la protection des abeilles ne repose pas seulement sur les apiculteurs. Elle concerne aussi les habitants, les communes et tous ceux qui tiennent à la biodiversité.
Une récompense qui dépasse la personne
Cette médaille d’argent a bien sûr une valeur personnelle. À 96 ans, recevoir une telle distinction a quelque chose de fort. Mais elle va plus loin. Elle met en lumière un miel d’exception, un terroir riche et un savoir-faire local qui mérite d’être reconnu.
Elle rappelle aussi une chose simple. Derrière un pot de miel, il y a des heures de travail, des gestes précis et une présence constante auprès des ruches. Il y a aussi une forme de fidélité. Fidélité à la terre, aux saisons, aux abeilles.
Pourquoi ce miel attire autant l’attention
Un bon miel ne se résume pas à sa douceur. Il raconte un lieu, une flore, une façon de travailler. Le miel de garrigue de Guy Canguilhem séduit justement parce qu’il a une vraie personnalité. Il est puissant sans être lourd. Aromatique sans être artificiel.
Pour le consommateur, c’est une invitation à redécouvrir un goût plus complexe, plus proche de la nature. Pour le jury, c’est la preuve qu’un miel bien travaillé peut devenir une véritable signature.
Une leçon de patience et de fidélité
À travers cette médaille, c’est toute une manière de vivre qui est mise en avant. Celle d’un homme qui continue, malgré l’âge, malgré les difficultés, malgré les saisons moins généreuses. Il avance avec calme. Il observe. Il protège. Il transmet.
Et c’est peut-être cela, le plus beau dans cette histoire. Le miel récompensé n’est pas seulement bon. Il est le reflet d’une vie entière passée au plus près du vivant. Une vie simple, exigeante et profondément utile.
Dans un monde où tout va vite, Guy Canguilhem rappelle que les plus belles choses demandent du temps. Les abeilles le savent depuis toujours.






